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Cest au cours dune résidence de lauteur au centre pénitentiaire des femmes à Marseille que Mirage a été tourné. Dans le cadre dun atelier de formation et dexpression audiovisuelle, deux détenues ont participé à sa réalisation, devenant actrices de leurs propres textes, mis en scène avec la réalisatrice. Sans quon sache jusquoù le choix des images revient à Maguy Y. et Francine B., la démarche permet aux deux femmes de sapproprier le film. Il reste que la situation demprisonnement confronte à un irréductible décalage de position entre la personne filmée et le réalisateur (puis le spectateur). Comment, à partir de là, filmer des sujets aux prises avec une situation qui les enserre dans leur souffrance ? Pourquoi ? Pour le bénéfice de qui ? Lesthétisation de la souffrance de ces femmes avec en contrepoint leurs rêves circonscrits à des clichés despaces verdoyants, de couchers de soleil en bord de mer, etc. ne prend-elle pas le risque de les y figer ?
Le film commence par une apparition : une silhouette se dessine sur le fond lumineux dun couloir sombre. Qui est-elle ? Un fantôme ? Un sifflement guilleret apporte un brin de légèreté au cur de la résonance métallique des bruits de couloirs. Le corps savance sautillant, dansant, filmé en flou filé, ses contours restent imprécis. Le souvenir laissé par le film sera celui dun rêve, un impalpable entre-deux où il serait impossible de se repérer à coup sûr. Le spectateur est plongé dans le doute et la difficulté à reconnaître lAutre. Toute tentative de capturer limage de ces femmes pour en constituer un cliché est mise en déroute. Cest nous dire cinématographiquement que la réalité nest pas une, quelle se dérobe et quaucun regard ne peut espérer la saisir. La réalisatrice joue ici à instiller le manque pour mieux servir ses personnages. Limage flottante brouille la vision si bien que toute lattention saccroche alors au son, véritable force émotionnelle du film. Une voix dans la pénombre, prend la parole, lentement, avec une maîtrise du langage propre au texte récité ; un texte personnel et dur, un ton empreint dauthenticité. Apparaissent ensuite les parties dun autre visage, déformé par lilleton, tandis quune nouvelle voix se fait entendre off. À linstar des mots proférés, les images reflètent langoisse de perdre son identité, de nêtre plus quune ombre dans le contexte de lincarcération. La représentation des corps indistincts et morcelés reproduit le fonctionnement du système pénitentiaire qui vise par la contrainte physique à la même discipline drastique, à retourner à un identique, cest-à-dire à faire disparaître les différences. En même temps, le film révèle que subsiste toujours une trace du sujet, ici portée par les textes : témoignage dune incroyable résistance psychique. Leffet de ralenti en dit aussi quelque chose. Le flou quil provoque au moindre geste renforce lattention portée à celui-ci en tant que signe de vitalité : le mouvement est en effet ininterrompu, signe que la vie perdure. Dans lespace oppressant dun couloir ou dune cellule étriquée, un corps sébroue, existe, revendiquant son autonomie. Il ne peut être complètement contraint. Ce mouvement perpétuel est un minuscule mais précieux espace de liberté. Et puis, le corps simprime littéralement à lécran. Alors que la succession de photogrammes au cinéma entraîne leur disparition, le flou filé les fait persister : tentative désespérée des corps de saccrocher, dexister. Encore une fois, témoignage de survie. Le film est donc à double tranchant : le ralenti sinterprète aussi bien comme indistinction des corps cest-à-dire du côté de ce que le système pénitentiaire induit que comme mouvement vital. Réversibilité dune contrainte mortifère : pour se sauver psychiquement, le sujet peut utiliser ce qui justement cherche à le faire vaciller. La réserve serait que le film participe à ancrer ces femmes dans leur souffrance, les amenant à répéter des traces traumatiques et ne les identifiant que par le malheur. Une démarche créative ne devrait-elle pas offrir la possibilité de se dégager de cette logique ? Christelle Méaglia |
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I Ardèche Images I