|
||
|
Dans le programme consacré aux films de Samba Félix Ndiaye, nous pourrons voir ce matin ceux dont le thème central est le travail. Autant que la création dun conservatoire émouvant des métiers, il sagit bien de la captation du travail considéré comme un élément déterminant de lactivité humaine et du mode de vie. Pour les pêcheurs de Geti Tey, lorganisation sociale du village et lindépendance économique des femmes sont menacées par une concurrence plus fortement équipée. Alors que le ton intime du commentaire donne à ses autres films (que nous pourrons voir sur la suite de la journée) une saveur toute particulière, ici la seule parole est celle des interviewés. Le film reconstitue une journée dun village de pêcheurs. La construction chronologique rend évident un certain équilibre de vie constitué par lexpérience et lhabitude. Cest dans la parole des interviewés que sont évoqués le passé du village, les enjeux, les relations économiques. La nature et lampleur de la menace que représenterait le bouleversement de cette organisation deviennent tangibles en peu de mots. Il nest pas besoin de fortes images de chalutiers industriels pour sentir leur approche. Alors que limage capte le travail dans son déroulement, les interventions comme des contrepoints rappellent combien ce travail est dépendant des nécessités économiques de lenvironnement, et donnent toute la mesure de la précarité de ces équilibres.
Ce processus est poussé à son comble dans la série thématique Trésors des poubelles composée de courts films bâtis sur le même principe que Geti Tey. Sont présentés des métiers basés sur la transformation de matériaux de récupération. Loin du dérisoire, ce que capte NDiaye, cest lâpreté au travail et lartisanat savant, presque alchimique développé par lhumain. Le cadrage reste à taille dhomme, nous ne rentrons pas dans les détails techniques, personne nest démarqué du groupe. Cest une forme de célébration du génie du travail dont lactivité forme la communauté. Rapidement, la fascination pour ces savoir-faire prend le dessus sur un possible regard ethnocentriste. On sera étonné par exemple des similitudes entre latelier de Teug ou les chaudronniers dart de Ndiaye et celui de Pour mémoire de Jean-Daniel Pollet. La construction sonore (sons du travail, des matériaux frappés, voix et cris humains dont on ne sait plus sils sont ou non synchrones) sécarte du réalisme et donne un rythme presque musical à lactivité filmée (voir Les Malles). Pas desthétisation ni de magnification du travail pour autant. Loin des clichés misérabilistes, ces hommes et ces femmes sont présentés dans leurs entreprises humaines, confrontés à la dureté du monde. Choisir de produire ces films sous forme de série accentue encore leffet volontariste, une certaine insistance à réhabiliter ces métiers autant quà transformer le regard du spectateur. Boris Mélinand |
||
I Ardèche Images I