Hors Champ : édition 2000
Que le milieu de cette semaine soit marqué par une réflexion sur « la bonne distance » ne nous a pas laissé indifférents. Daney a écrit, en substance, « filmer cest mesurer à quelle distance de soi commence lautre ». Nous situons-nous plus loin dun sujet sil est radiophonique, si on ne peut le toucher des yeux ? Quelle proximité cest-à-dire aussi quelle liberté le cinéma peut-il se permettre avec la peinture ou le théâtre quand il les filme ? La distance induit également une idée de temporalité, de mémoire : nest-il pas surprenant de constater à quelle point cette année de nombreux cinéastes (ceux du séminaire sur Srebrenica, Nikolaus Geyrhalter) ont pris le risque de sengager et de filmer aussitôt lHistoire tandis que Ruth Beckerman linterpelle de plus loin, la réinterroge, lactualise sans cesse ? Et si les films nous regardent, doù nous regardent-ils ? Où nous touchent-ils ? Profond ou pas ?
Quelle que soit la distance, il sagit en tout cas de transmettre, par tous les moyens. La programmation radiophonique comme les séminaires, loin de proposer une consommation dimages, tenteront de nous faire penser le monde « en » cinéma. Car le cinéma est un art du regard mais aussi de lécoute et de la rencontre. Cest pour cette raison que nous essaierons de ne pas trop nous éloigner les uns des autres. Bienvenue ici donc, et si Lussas nest pas pourvu en piscines, que ça ne vous empêche pas de plonger à la rencontre des réalisateurs et à la nôtre. Mouillez vous !