Pour parler, pour dire.

Pour parler.
Pour dire.
Peut-être est-il trop tard ou trop tôt pour parler ? Faut-il alors se taire ?
La guerre est totale et le désastre immédiat.
Ne pas lâcher ceux qui résistent.
De part et d’autre.

Quelle capacité de résistance possèdent les films, de résistance aux pouvoirs, de résistance aux enfermements, de résistance aux tourments de la réalité ? Jusqu’où leurs récits, leurs regards, leurs auteurs peuvent-ils porter leur force de distanciation, de représentation ?
La Route du doc est consacrée cette année à Israël. Une programmation de films qui pourrait nous redire et nous aider à comprendre la complexité et la dérive d’une société, notamment à travers l’image qu’elle renvoie de la ségrégation et de l’occupation que l’État d’Israël inflige aux Palestiniens, avec les conséquences désastreuses qu’en supportent aujourd’hui le Liban et Gaza.
Cette guerre a repris de plus fort.
Du Liban parviennent des films coup de poing, coup de gueule, coup de rage, coup de désespoir, des films d’urgence.
Au moment où nous rédigeons ces lignes, nous n’avons pas encore décidé de la façon dont nous le répercuterons sur la programmation de la Route du doc, comme sur le reste. Nous y travaillons, dans l’urgence.

Que peut le cinéma – peu de chose nous le savons bien – fragile et essentiel, déplaçant nos points de vue, travaillant notre implication, libérant des espaces étriqués.
Nous serons très attentifs à retrouver ces espaces précieux que les films choisis par ces Incertains regards, tentent de tenir ensemble : prises de position, tensions de cinéma, générosité d’un geste.
Est-ce pourquoi nous montrons des documentaires ?

C’est une des questions d’importance qui seront abordées dans les rencon-tres que nous avons mises en place avec différents collectifs (RED, 24 juillet, Eurodoc, Fédérezo) pour garder au centre de nos préoccupations la fabrication des films, c’est-à-dire les moments de la vie d’un film, depuis l’intuition première jusqu’à la diffusion en passant par la production. C’est dans cet esprit aussi que nous avons invité des représentants des chaînes publiques à venir vous rencontrer.
Les séminaires s’emparent aussi de ces enjeux. Le premier sur l’écriture du sonore dans le cinéma permettra de prendre la mesure du dialogue avec les images et de ses potentiels souvent sous-exploités. Le second, sur le projet encyclopédique de Rossellini pour la télévision, réveillera le génie visionnaire de cette « dernière utopie » dont on ne finit pas de désespérer.
En poursuivant avec Benoît Jacquot l’exploration de ces moments rares de la télévision française, nous proposerons des détours par des écritures et des origines très différentes (Matelis, de Boer, Issacs, Vandeweerd), par un panorama de l’histoire du cinéma documentaire d’un pays européen, cette année les Pays-Bas, manière de découvrir des fondamentaux peu connus. Détour encore du côté de l’Afrique, avec de nouvelles perspectives de fabrication des films et l’émergence d’un nouveau cinéma documentaire politique.
Voilà. À tout de suite, pour entendre, pour écouter.

Pascale Paulat et Christophe Postic

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