Journée Sacem     (grille programme)

Cette année encore, comme c’est devenu l’heureuse habitude à Lussas, les états généraux du film documen-taire nous ouvrent un espace de programmation consacré à la musique.

Nous avons déjà eu l’occasion – c’était le cas l’année dernière, au moment de vous présenter le programme de la « journée Sacem » – d’évoquer l’histoire du documentaire musical, depuis les pionniers, puis les heures de gloire, jusqu’à une période récente en demi-teinte, et de pointer une singularité de ce sujet par laquelle – sinon, quelle autre explication possible ? – il connaîtrait une situation de fragilité récurrente, dans un contexte devenu plus favorable au documentaire dans son ensemble.

Une rapide analyse du paysage du documentaire musical tel que nous pouvons l’envisager au travers des aides à la production accordées par la Sacem – notre société a soutenu plus d’une centaine de films sur la musique au cours des cinq dernières années – nous renvoie en effet une image contrastée. Si les producteurs nous soumettent leurs projets de film en nombre toujours plus élevé chaque année, nous savons bien qu’il faut y voir tout d’abord un effet d’expérience – nos aides sont de mieux en mieux connues – mais aussi la contrepartie probable d’un désengagement relatif des diffuseurs dans le financement de ces films, sinon de manière individuelle et délibérée, du moins parce que la part des grandes chaînes hertziennes dans le nombre total de films musicaux qui nous sont présentés apparaît en recul, au profit d’un renforcement de la présence de chaînes locales, du câble et du satellite, dont les possibilités financières, à format et à contenu de programmes comparables, sont bien moindres.

Ce constat pourrait nous inciter à une lecture pessimiste de l’évolution récente et à venir du documentaire musical, non pas comme genre, mais comme fenêtre sur la musique au travers de laquelle s’enrichit notre écoute autant que notre regard, si des moments privilégiés, comme l’est notre journée thématique au sein des États généraux du film documentaire, ne nous offraient la possibilité de faire se rencontrer le meilleur de la production actuelle et les œuvres qui font référence ; que ces dernières appartiennent déjà au patrimoine ou soient de création relativement récente.

Ainsi, notre programmation s’ouvrira cette année par une matinée au cours de laquelle nous reviendrons, en compagnie de Frank Cassenti, sur quelques temps forts de sa carrière de réalisateur parmi lesquels il a choisi comme il se doit – et quand bien même ni lui ni nous ne voudrions occulter ses œuvres de fiction dont L’Affiche Rouge et Le Testament d’un poète juif assassiné – des sujets tournés sur et avec des musiciens, nourris par l’amitié fidèle qui s’est établie entre eux et lui, qu’il s’agisse de sa Lettre à Michel Petrucciani ou de Retour en Afrique et tout récemment de Jazz à Porquerolles avec Archie Shepp et les musiciens du monde que ce dernier a pu rencontrer, parfois à l’initiative de Frank Cassenti lui-même, cette fois-ci dans le rôle de fondateur et d’animateur de festival.

Ensuite, comme nous en avions émis le souhait en vous annonçant la présence à Lussas pour l’édition 2003 des États généraux de Richard Leacock – réalisateur et producteur de films documentaires qu’on ne présente plus tant son œuvre est devenue incontournable – ce dernier nous fait l’amitié de revenir nous présenter cette année, en compagnie cette fois-ci de son complice et associé Don Alan Pennebaker, des films sur lesquels ils ont collaboré dans les années soixante et soixante-dix : l’étonnant One P.M., sujet non nécessairement musical, mais film rare débuté avec Jean-Luc Godard et qui a connu un destin agité ; Original Cast Album - Company, dans une veine musicale que l’on connaît mieux, tournage d’une comédie musicale de Stephen Sondheim à Broadway et le désormais film culte Monterey Pop, témoignage sur la scène folk américaine, à l’aube des événements qui allaient secouer nos sociétés à la fin des années soixante et auxquels la musique, en tant que mode d’expression revendiqué par le politique, devait prendre une part active.

Notre programmation de films musicaux se poursuivra en soirée par la projection du film lauréat du Prix du Meilleur Documentaire Musical de Création, remis par la Sacem, comme de coutume, à l’occasion des États généraux du film documentaire. Nous aurons le plaisir cette année de remettre ce prix à Gloria Campana pour un film consacré à Serge Rezvani, auteur-compositeur de chansons, une définition qui, si elle permet de l’identifier dans l’instant – tant les airs qu’il a écrit sont connus pour être associés notamment aux films de François Truffaut et ce aussi parce qu’ils ont contribué à les inscrire en musique dans notre mémoire cinématographique – ne suffit pas à le définir, encore moins à le situer. L’homme en effet est également romancier, dramaturge, peintre… Et c’est un film pluriel que la réalisatrice a dû lui consacrer, film improbable rendu possible par la confiance que lui a accordé un artiste aussi discret que notoire, aussi mystérieux que réputé. Signe de cette complicité, Serge Rezvani devrait être des nôtres pour la projection à Lussas, en compagnie de Gloria Campana, de L’énigme Rezvani.

Enfin, et ce sera la dernière surprise de cette journée thématique riche en nouveautés, nous projetterons, en présence de ses auteurs Iossif Pasternak et Hélène Chatelain, un film auquel la Commission de la Sacem chargée du jury du Prix du Meilleur Documentaire Musical de Création a voulu remettre cette année une Mention Spéciale. Cette décision inédite a été prise spontanément, de même que le film devrait trouver assez naturellement sa place en dernière partie de notre programmation, et ce parce que Le Génie du Mal, précisément, n’enferme pas le sujet du documentaire musical, et ne clôt pas le débat sur la façon dont parlent les musiciens ou dont on peut parler d’eux. En levant le voile sur le destin d’Alexandre Lokchine, ce film retrace le chemin vers la réhabilitation posthume d’un citoyen russe injustement accusé d’avoir livré ses compagnons à la police politique, autant qu’il rend compte de la résurrection de l’œuvre d’un compositeur dont les débuts firent l’admiration de ses aînés et dont le Requiem, écrit en 1949, ne fut créé qu’en 2002, quinze ans après sa mort.

Les images sur la musique, si elles nous parlent en effet avant tout de geste du créateur, ne peuvent être réduites, on le sent bien, à un exercice d’approche par le réalisateur, d’une intimité et d’une subjectivité qui lui échappent déjà au travers de l’œil équipé de la caméra. Ces images nous renseignent aussi sur des compositeurs et des interprètes pris en situation, hommes et femmes jetés dans leur siècle. Mais peut-être est-ce là un sujet en soi, le thème éventuel d’une future journée Sacem à Lussas ?

Gaël Marteau

   Sacem day

This year once again, as has become a pleasant habit at Lussas, the états généraux du film documentaire is presen-ting a programme slot dedicated to music.

We have already had the opportunity – like last year when we presented the “Sacem day” programme – to touch upon the history of musical documentary, from the pioneers, then the days of glory until a recent half-tone period and to pinpoint the particularity of this subject due to which it is going through recurring fragility in an environment more favourable to documentary films as a whole (how else could this be explained?).

A brief analysis of the musical documentary film scene as we consider it through the Sacem production aid scheme – our society has supported more than a hundred films on music over the last five years – reveals a contrasting picture. While producers present an increasing number of projects every year, we are aware that it is first of all the effect of experience: our grants receive ever-increasing exposure. However, it is also the likely consequence of a relative withdrawal of distributors from the funding of these films, if not in an individual and deliberate way, at least because the share of major TV channels in the total number of musical films presented to us is declining, to the advantage of a stronger presence of local cable and satellite channels whose financial resources are much lower, yet with comparable programme format and content.

This acknowledgement could encourage us to have a pessimistic view of the recent and future changes in musical documentaries, not as a genre but as a window on music through which we learn to listen and to watch, if not for privileged moments like our thematic day during the États généraux du film documentaire, offering us the opportunity to encounter the best of today’s production and landmark works, whether
the latter are recent creations or part of the
heritage.

Therefore, this year our programme will start with a morning in the presence of Frank Cassenti when we will revisit the highlights of his career as a film director. Among those moments he has chosen, as is his right – and neither him nor us would have wanted to conceal his works of fiction like L’Affiche Rouge and Le Testament d’un poète juif assassiné – subjects made about and with musicians, fuelled by the close friendship between him and them. This involves Lettre à Michel Petrucciani or Retour en Afrique and more recently Jazz à Porquerolles with Archie Shepp and musicians from all over the world he met, sometimes thanks to the initiative of Frank Cassenti himself, acting as festival founder and host.

Then, as we expressed the wish when announcing the presence of Richard Leacock at the 2003 États généraux, he has kindly accepted to come back this year. He is a documentary film director and producer who no longer needs to be introduced, as his work has become so important that it cannot be ignored. Along with his accomplice and partner, Don Alan Pennebaker, he will present films they worked on together in the sixties and seventies: the surprising One P.M., a topic that is not necessarily musical but a rare film begun with Jean-Luc Godard and under-going a turbulent fate; Original Cast Album - Company in a better known musical style, the filming of a Broadway musical by Stephen Sondheim and Monterey Pop, the henceforth cult movie depicting the American folk music scene, on the eve of the events that were about to rock our societies in the late sixties and in which music, as a form of expression claimed by political activism, was to play an important role.
In the evening, our musical film programme will end with the showing of the Best Creative Musical Documentary, a prize awarded, as usual, by Sacem during the États généraux du film documentaire. This year we are pleased to give this prize to Gloria Campana for a film dedicated to Serge Rezvani, songwriter and composer, a definition which helps to identify him immediately – his music is well-known for being linked to François Truffaut’s films mainly and also because it has contributed to leaving a musical imprint in our cinema memory – yet that is not enough to define him far less pigeonhole him. Indeed, the man also writes novels and plays and paints amongst other talents, so the director had to make a film about him on multiple levels. This unlikely film was made possible thanks to the trust placed in her by an artist who is as discreet as he is famous and as mysterious as he is renowned. As a demonstration of this complicity, Serge Rezvani should be with us during the showing in Lussas, along with Gloria Campana the director of L’énigme Rezvani.

Finally, the last surprise of this themed day bursting with the novelties we will show, in the presence of Iossif Pasternak and Hélène Chatelain, the authors, is a film which has been presented with the Special Prize by the Sacem Commission in charge of the Jury for the Best Creative Musical Documentary. This unprecedented decision was taken quite naturally just like the film naturally fits in with the last part of the programme simply because Le Génie du Mal does not confine the musical documentary subject nor does it close the discussion on how musicians speak or on how they are spoken about. In unveiling the fate of Alexandre Lokchine, this film recounts the path to the posthumous clearing of a Russian man unfairly accused of having denounced his comrades to the political police and also the revival of the work of a composer admired by his elders in his early days and whose Requiem, composed in 1949, was performed for the first time in 2002, fifteen years after his death.

The images about music do indeed depict the creator’s acts above all but they cannot be reduced, as we feel, to an approximation of intimacy and subjectivity by the director, who is readily deprived of those by the camera eye. These images also inform us about composers and performers in action, men and women catapulted into their century. But maybe here is a subject in itself, a possible theme for a future Sacem day at Lussas.

Gaël Marteau

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Vendredi 20 août 2004
10h00 - Salle 1

Frank Cassenti
Lettre à Michel Petrucciani
de Frank Cassenti (45')
Retour en Afrique
(Archie Shepp à Saint-Louis du Sénégal)

de Frank Cassenti (49')
Jazz à Porquerolles
de Frank Cassenti (52')
146' de projection.

Vendredi 20 août 2004
14h30 - Salle 3

Don Alan Pennebaker - Richard Leacock
One P.M.
de Jean-Luc Godard, D.A. Pennebaker (90')
Original Cast Album - Company
de D.A. Pennebaker (58')
Monterey Pop
de D.A. Pennebaker (78')
226' de projection.

Vendredi 20 août 2004
21h00 - Salle 3

Prix Sacem 2004 et Mention Spéciale
L’énigme Rezvani
de Gloria Campana (65')
Le Génie du Mal
de Iossif Pasternak (85')
150' de projection.


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