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Boris Lehman
(grille programme)
Depuis 1963, Boris Lehman compose au quotidien une uvre-fleuve sans équivalent, comportant un nombre de films impossibles à recenser et forte par ailleurs de trois cent mille photographies. Sil existe un cinéaste à temps plein sur cette terre, cest bien celui-là. Comme un artiste peint, comme un écrivain fait ses pages, Boris Lehman filme à peu près tous les jours : le monde comme il le voit et, plus encore, son monde comme il le vit (sa vie, sa ville, ses amis, ses voyages, ses rencontres). En dautres termes, Boris Lehman filme ce et ceux qui le travaillent. Au gré des situations narratives quil suscite, il engrange inlassablement ses matériaux, sans nécessairement savoir à lavance ce quil adviendra des plans tournés ni dans quel film ils apparaîtront. Avec lui, un film en cache souvent un autre. Qui ne la jamais croisé arpentant ainsi les rues de Bruxelles, son matériel de cinéaste sur le dos, ne peut pas tout à fait prétendre connaître le cinéma. Car faire du cinéma, cest porter : sa caméra, ses bobines de film, ses sacs, son corps et surtout ses projets contre vents et marées, comme on le voit faire dans Lettre à mes amis restés en Belgique, le premier épisode de Babel, fresque en quatre volets, prévue pour durer vingt-quatre heures.
Expérience limite de lhistoire du cinéma, ce premier épisode, réalisé tout au long des années quatre-vingt, tient tout à la fois du journal personnel et du conte. On le voit qui prépare un film sur le mythe de Babel, sapprêtant à voyager au Mexique sur les traces dAntonin Artaud. Sans domicile fixe, Ulysse des temps modernes, il erre dans Bruxelles quil filme comme un village où tout le monde le connaît, puis finit par sen aller.
À son retour, tout sest déplacé, les amis, le centre ville, la Belgique elle-même, en pleine crise identitaire, et jusquà lidée du film en cours. Seuls ses propres problèmes demeurent inchangés. Lui qui a côtoyé tant de monde se retrouve seul à chanter quon lui parle damour. Film sur la création, lintimité et lamitié, Babel mélange tous les genres et toutes les formes cinématographiques : cinéma musical, fantastique, touristique, gas-tronomique, médical, feuilletonesque. Babel est un film drôle dans lequel, affublé dune panoplie de héros burlesque à la façon de Monsieur Hulot, Lehman devient son propre personnage comique : ce qui règle la question de son prétendu narcissisme. Car le Lehman que lon suit à limage est aussi lacteur Boris, pariant sur la complicité amusée de ses spectateurs pour qui le plaisir consiste aussi à le voir dissimuler la part pudique de lui-même sous les traits dun jumeau de fiction. Babel est un film grave qui culmine en émotion au niveau des plus beaux mélodrames : un essai sur la solitude, qui nest jamais lesseulement, mais un art de vivre dans le désir des autres sans jamais être séparé de soi. Babel, enfin, est un documentaire sur la Belgique, pays complexe quon ne peut vivre que sur le mode de la communauté, voire de la tribu, et dont il revisite la cartographie : Waterloo, bien sûr, en ouverture (il occupe la place du célèbre lion) ; les Ardennes, claires et verdoyantes (il y cueille des airelles dans une scène de bonheur léger à la Renoir) ; les plages du littoral (il est ce corps étranger, comme tombé par erreur dun autre film, qui se faufile entre les chairs en bronzage vêtu dune veste dhiver et dun vieux pantalon) ; Bruxelles, évidemment, dont il a toujours saisi le paysage singulier.
Boris Lehman voulait que sa vie devienne un jour le scénario dun film qui a fini par se confondre avec sa vie et quil aime venir nous projeter en personne, dans nos maisons ou nos appartements, partageant avec nous un plat de pâtes pour échanger quelques impressions avant de repartir filmer dautres images comme certains font collection de cartes postales. Car pour lui ce qui fait uvre, ce ne sont pas tant les films que ce qui advient par eux, la manière dont ils travaillent ou la communauté quils profilent. Aussi ses films ne sortent-ils pas, du moins pas au sens convenu du terme ; ils viennent à notre rencontre, continuant lhistoire du cinéma comme art du lien.
Patrick Leboutte
Boris Lehman
Since 1963, Boris Lehman has composed day-by-day a prolific world including an endless list of films and completed by 300,000 photos. If theres a full-time filmmaker on this planet, its him. Just like a painter paints and a writer writes, Boris Lehman shoots film virtually every day: the world as he sees it and moreover his world as he lives it (his life, his town, his friends, his travels, his encounters). In other words, Boris Lehman films whatsoever and whomsoever of concern to him. As the storytelling goes along, he stores up his material endlessly without necessarily knowing beforehand what the future of his shots will be, nor in which film they will appear. With Boris, one film might be preparing for the next one. He who has never come across him strolling around the streets of Brussels with his filming equipment on his back cannot claim to know about cinema. For making films means carrying with him: camera, film rolls, his bags and above all his projects, against all odds, as we see him in Lettres à mes amis restés en Belgique, the first chapter of Babel, a four-part portrait planned to last for twenty-four hours.
This first episode, an experiment of limits in the history of cinema, filmed throughout the eightiess is both a diary and a tale. We see him preparing a film on the myth of Babel, getting ready to travel to Mexico following in Antonin Artauds footsteps.
Of no fixed address, this modern-day Ulysses wanders around Brussels, which he films like a village where everybody knows him and then he simply fades away. When he returns, everything has changed, his friends, the town centre, Belgium itself, caught up in an identity crisis, right up to the film in process. Only his own problems remained unchanged. He, who has rubbed shoulders with so many people, finds himself alone longing for someone to talk to him about love. A film about creation, intimacy and friendship, Babel blends all styles and all cinematic forms: musical, fantastic, touristic, gastronomic and medical cinema and serial. Babel is a funny film, in which he wears the disguise of a burlesque hero like Monsieur Hulot. Lehman becomes his own comic character, thus putting an end to the question of his so-called narcissism. For the Lehman were following is also Boris, the actor betting on the amused complicity of his viewers who are also pleased to see him hiding the discreet side of himself behind the face of a fictional twin. Babel is a serious film with an emotional climax as high as that of the most beautiful melodramas. It is an essay about loneliness, which is never forlorn, but an art of living with a desire for others without ever being separated from oneself. And finally Babel is a documentary about Belgium a complex country that can only be lived in on the community model, even like a tribe. He revisits its map: Waterloo, as an opening of course (he takes the place of the famous lion); the clear and green Ardennes (he picks cranberries in a Renoir-like scene of light-hearted happiness); the coastal beaches (where he is this foreign body, coming out of another film dressed in a winter jacket and old trousers making his way through sun tanning flesh); and naturally Brussels, whose singular landscape he has always grasped.
Boris Lehman wanted one day for his life to become the script of a film that is finally confused with his own life and which he would like to show us himself, in our houses or apartments, sharing pasta with us and exchanging some impressions before leaving to film more images like others collect postcards. Because to him, what makes a piece of work are not so much the movies than what happens because of them, the way they work and the community they outline. Therefore his films are not released, at least in the conventional sense of the word, but they come to us, carrying on the history of cinema as an art of connection.
Patrick Leboutte
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Vendredi 20 août 2004 10h00 - Salle 2 Lettre à mes amis restés en Belgique (1er épisode de Babel, 1re partie) de Boris Lehman (160') 160' de projection.
Vendredi 20 août 2004 14h30 - Salle 2 Lettre à mes amis restés en Belgique (1er épisode de Babel, 2e partie) de Boris Lehman (220') 220' de projection.
Vendredi 20 août 2004 21h00 - Salle 2 Homme portant de Boris Lehman (61') La Dernière (S)cène de Boris Lehman (14') 75' de projection.
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