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Ces films qui nous regardent
(grille programme)
Après avoir visionné un grand nombre de films produits dans lannée, la sensation qui reste est celle dune me-nace aggravée. Ce temps-là, très vif, mais flou : avant et après une catastrophe, qui est aussi un présent. Comme le temps autour du 15 août qui menace, ce temps-là, où lair est lourd et rend nerveux.
Cest une sensation inscrite au cur même de certains films, mais dautres la portent en creux. Face à la précarité des conditions de travail, notamment celle des intermittents, il est un piège qui nous guette tous : celui davoir peur et dêtre simplement plaintifs ou indignés.
Cette année, les films nous regardent avec une agitation et une inquiétude nouvelles, parfois une fatigue, une stupeur. Alors revient cette question absurde, immature pourrait-on dire entre gens sérieux, mais en même temps récurrente : que vaut le cinéma face à la brutalité du monde ? Comment ne pas douter que voir change quelque chose à ne pas voir ? Mais comment ne pas y croire malgré tout. Dautant que la brutalité dans le monde est aussi celle des images qui la banalisent et nous aveuglent. Dautant que venir trop tard nest pas que négatif.
Mais le trop tard aujourdhui fait déborder le vase
Que peut le cinéma face à lurgence de ces trop tard qui saccumulent et saccélèrent sous nos yeux ?
Le Rwanda est au cur de notre sélection : les projections, qui lui sont consacrées, constituent un axe important dans le trajet que nous proposons.
Car le cinéma nous aide à penser et non pas seulement à comprendre (ce quil fait aussi), à apprendre, à voir.
Penser lautre, penser la catastrophe, penser lhistoire, penser la réparation, penser lart qui na dautre fin que de relancer la vie
Nest-ce pas organiser le réel afin que quelque chose du monde nous apparaisse depuis une place qui nest pas forcément celle de ceux quon filme ? Cest une affaire spécifique à chaque documentaire qui ne peut éviter de définir un protocole, comme pour une expérience scientifique, lorsquil rencontre dans la pratique deux réalités : celle du filmé et celle du filmeur.
Si la création a un sens, si prendre le temps a un sens quand il vient précisément à manquer devant lurgence, cest que la vérité, la justesse dun film ne consistent pas à simplement recueillir des discours justes ou dénoncer un état du monde, mais à inventer des dispositifs, un chemin qui bousculent lordre routinier, proposant un autre rapport au pouvoir et dégageant, dans la manière daffronter la menace, un acte de foi vital.
Le cinéma, comme la philosophie, nous fait travailler, comme on dit « travailler du chapeau ». Et rend vivant.
Manuela Frésil, Vivianne Perelmuter etCatherine Zins
Those films which concern us
After having watched a high number of films produced this year, our feeling is that of a more serious threat. This very acute yet blurry moment: before and after a disaster, which is also a present time. Like the threatening weather around 15 August, when the air is heavy making people feel nervous.
This feeling emerges in the very heart of some films but it is less visible in others. In view of the precarious working conditions, namely of entertainment freelance workers (the French intermittents du spectacle), a trap is lying in wait for us all: the trap of feeling frightened and simply sorrowful or indignant.
This year, the films are watching us with fresh restlessness and concern, sometimes fatigue, astonishment. And the absurd question comes back, some might qualify it as immature in the circle of serious people. But it is also a recurring question: what is cinema worth faced with the worlds brutality? How do we not doubt that watching changes something versus the act of not watching? But how can we not believe in it after all? All the more so because the brutality of the world is also that of images that make it mundane and render us blind. All the more so because arriving too late is not only negative.
But today arriving too late is the last straw and what can cinema do faced with these delays that are piling up and speeding up in front of us?
Rwanda is at the heart of our selection: the showings about this country are an important focus in the journey we are proposing.
Because cinema also helps us to think not only to understand (it does help that too) learn and see but also to think. Think about the other, think about disaster, think about history, think about atonement, think about art whose sole aim is to revive life and isnt it also to organise reality so that something of the world will come from a place that is not necessarily that of the ones we film?
Its a case specific to each documentary, which cannot escape defining a protocol just like for a scientific experiment when two realities are encountered in practice: that of the filmed one and that of the filming one.
If creation has a meaning, if taking ones time is meaningful when time is what is precisely lacking in an emergency then it is because the truth and soundness of a film do not only consist of collecting fair speeches or denouncing the state of the world but rather of inventing devices and a path going off the beaten track, making proposals for another form of relation with power, resulting in a vital act of faith so as to be able to face up to the threat.
Cinema, like philosophy makes us work, as they say, use your loaf. And keeps us alert.
Manuela Frésil, Vivianne Perelmuter andCatherine Zins.
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(au format PDF)
Lundi 16 août 2004 10h00 - Salle 1 La Force du vide de Pierre Oscar Lévy (52') Les Accords d’Alba de Vincent Dieutre (24') 76' de projection. Débat à l’issue de la séance en présence des réalisateurs
Lundi 16 août 2004 21h00 - Salle 2 Metzer entre les murs de Anne Abitbol (80') Misafa Lesafa (D’une langue à l’autre) de Nurith Aviv (55') 135' de projection. Débat à l’issue de la séance en présence des réalisateurs
Mardi 17 août 2004 10h00 - Salle 3 La Disparition de Juliette Cahen (52') Tableaux dans un grenier (Roger Lacroix) de André Dartevelle (59') 111' de projection. Débat à l’issue de la séance en présence des réalisateurs
Mardi 17 août 2004 21h00 - Salle 1 En Iran de Claire Childéric (20') Promenades entre chien et loup, une fantaisie filmique d’Allemagne de Anja Unger (94') 114' de projection. Débat à l’issue de la séance en présence des réalisateurs
Mercredi 18 août 2004 10h00 - Salle 3 Le Refuge de Nedia Touijer (25') Fermeture définitive du kolkhoze de Bojena Horackova (58') 83' de projection. Débat à l’issue de la séance en présence des réalisateurs
Mercredi 18 août 2004 21h00 - Salle 2 Efremov, lettre d’une Russie oubliée de Iossif Pasternak (52') La Langue ne ment pas (Journal écrit sous le IIIe Reich) de Stan Neumann (80') 132' de projection. Débat à l’issue de la séance en présence des réalisateurs
Jeudi 19 août 2004 10h00 - Salle 3 Après (Un voyage dans le Rwanda) de Denis Gheerbrant (100') 100' de projection.
Jeudi 19 août 2004 21h00 - Salle 2 Au Rwanda on dit... La famille qui ne parle pas meurt de Anne Aghion (54') Nos cœurs sont vos tombes de Roger Beeckmans (72') 126' de projection. Débat à l’issue de la séance en présence des réalisateurs
Vendredi 20 août 2004 10h00 - Salle 3 Le Retour du monde de Jean Breschand (52') La Peau trouée de Julien Samani (52') 104' de projection. Débat à l’issue de la séance en présence des réalisateurs
Vendredi 20 août 2004 21h00 - Salle 5 Déluge au pays du Baas de Omar Amiralay (46') Deux allers simples pour Bobadilla de Carlos Alvarez (70') 116' de projection. Débat à l’issue de la séance en présence des réalisateurs
Samedi 21 août 2004 10h00 - Salle 1 Moscou entre ciel et terre de Valérie Minetto (52') Vivre chez Rothschild de Daniel Friedmann (66') 118' de projection. Débat à l’issue de la séance en présence des réalisateurs
Samedi 21 août 2004 21h00 - Salle 3 Ydessa, les ours et etc. de Agnès Varda (42') Les Gens d’Angkor de Rithy Panh (90') 132' de projection. Débat à l’issue de la séance en présence des réalisateurs
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