|
Une incursion dans luvre de trois auteurs dont lacuité du regard, la singularité dapproche du réel, loriginalité de lécriture cinématographique ont imprimé de leur marque lhistoire de la télévision et du cinéma. On verra à la lumière des films proposés comment, loin de signorer, ces deux modes dexpression se sont souvent nourris et enrichis de leurs créations respectives.
Voir aussi Jaccques Krier, Guy Gilles
José-Maria Berzosa
(grille programme)
José-Maria Berzosa aborde dans ses films une multiplicité et une variété de thèmes, tous marqués du même sceau, la « touche Berzosa » : une écriture, un style immédiatement reconnaissables qui utilisent linsolite, lhumour, lirrévérence, les mises en scène les plus incroyables
entre autres éléments dune panoplie singulière pour nous révéler le réel.
Franco et Buñuel, chacun à leur manière, ont influé sur luvre de Berzosa. Franco en lobligeant à quitter précipitamment lEspagne pour se réfugier à Paris où il trouve lIdhec, en exacerbant son rejet de lautorité et de lautoritarisme, son penchant à malmener les institutions et les puissants. Buñuel est, quant à lui, la référence toute naturelle pour un jeune espagnol forcément baroque, séduit par le surréalisme et qui veut faire du cinéma.
Autre référence, mais cette fois postérieure et moins abusive quil ny paraît ; Michael Moore dont on loue laudace et lobstination nest-il pas un disciple de Berzosa ? Chez Berzosa il y a tout cela et bien dautres choses qui rendent son univers et son écriture cinématographiques uniques.
Il faut voir comment, après avoir campé le Chili et sa société de classe en décortiquant une compagnie de Pompiers de Santiago, grand moment de cinéma, il nous livre des images insensées de Pinochet et ses trois compagnons, généraux de la junte. Nous sommes en 1976, la dictature est flamboyante mais méfiante, pourtant Berzosa réussit à obtenir des entretiens, manière Jours de France, tout à fait désopilants sils ne laissaient apparaître en filigrane la réelle personnalité de ces bons pères de famille. Mais comment a-t-il pu les piéger ? En contrepoint la douleur des mères, des femmes des disparus filmées sans artifice.
On retrouve dans le film Les Bienheureux, issu dun ensemble intitulé De la Sainteté, ce même balancement. Les autorités ecclésiastiques et bureaucratiques, les vrais réactionnaires sont croqués sans ménagement, alors que les petits, les humbles même sils sont lobjet de fourvoiements critiquables, échappent à un traitement aussi redoutable.
Baroque, insolent, José-Maria Berzosa est aussi un humaniste ; cela transparaît dans la programmation organisée autour du thème de la mémoire. Marie et Joseph ont soixante-dix ans de mariage, une occasion pour les inviter à se raconter avec le risque de tomber dans la mièvrerie passéiste ; au lieu de cela cest leur avis sur le monde, la vie, les murs daujourdhui qui leur est demandé. Cest tendre et éclairant comme Ces choses vues et entendues ou rêvées en Bretagne à partir desquelles Dieu nous garde de généraliser. Un titre, une apostrophe poétique qui dit bien comment le réel sera traduit et filtré par le regard de lauteur.
Un clin dil au passage au premier court métrage de Berzosa, prémonitoire, Le Musée de la police quil visite avec Michel Simon auquel il fait passer les menottes. Sympa-thique mise en scène ; ce qui nétait pas prévu en revanche et qui paraît incroyable quand on connaît la suite, il fallut recourir à un serrurier pour les lui retirer.
On ne peut pas conclure ce parcours sans consacrer une séance au noyau dur de linspiration de Berzosa, à ses thèmes de prédilection, ses mythes, son socle culturel. Restait à choisir dans une filmographie foisonnante : je me suis résolu à privilégier le surréalisme avec le très beau court métrage Maldoror Magritte prolongé par une petite fiction Import Export et lEspagne avec le portrait dun ami, le peintre Antonio Saura et une célébration protéiforme, sensible et blasphématoire dun Don Quichotte mythique et éternel. Sagit- il vraiment dun documentaire tant lécriture emprunte à la fiction ? Une question vaine que lon peut se poser à propos de bien des films de Berzosa.
Claude Guisard
José-Maria Berzosa
In his films José-Maria Berzosa covers a multiplicity and varied array of subjects, all bearing the same stamp, The Berzosa Touch. His structure and style are immediately identifiable. Strangeness, humour, irreverence, unbelievable staging, and a vast collection of other elements are used to reveal reality.
Franco and Buñuel, each in their own way, influenced Berzosas work. Franco forced him to leave Spain hurriedly and seek refuge in Paris where he discovered the Idhec (Institut des hautes études cinématographiques) and exacerbated his dismissal of authority and authoritarianism as well as his tendency to be highly critical of institutions and people in power. Buñuel is the natural reference for a young Spaniard who was understandably baroque, seduced by surrealism, and wanted to make films.
Another, yet subsequent, figure of reference, who is less abusive than he seems, is Michael Moore. Is he not also a disciple of Berzosa? His audacity and obstinacy have received much acclaim.
But Berzosa has all of that and more, and it all contributed to his unique world and film style.
He depicted Chile and its class society by dissecting a company of Pompiers de Santiago. He then gave us incredible images of Pinochet and his three comrades: the generals of the military junta. The year was 1976; the dictatorship was flamboyant but wary. Berzosa was nonetheless able to interview them, in Jours de France/Paris Match fashion. The interviews would be hilarious if it were not for the fact that the true personalities of these apparently reasonable men became discernible. How did he manage to trap them? The counterpoint in the docu-mentary is the filming, without artifice, of the suffering mothers and wives of those who had disappeared.
In Les Bienheureux, which is part of a series entitled De la Sainteté, the same type of balance is struck. Church officials and bureaucrats, the real reactionaries, are summarily depicted while the meek and humble, even though they can be criticised for being mislead, escape fierce treatment.
Baroque and insolent, José-Maria Berzosa is also a humanist; this becomes evident through a series of films about the past. The subjects in Marie et Joseph have been married for 70 years: the perfect opportunity to get to them to tell their story. The risk was having their story turn into sentimental nostalgia. Instead they are asked to give their opinion of the world and comment on new social rules. The result is as heart-warming and elucidating as Ces choses vues et entendues ou rêvées en Breta-gne à partir desquelles Dieu nous garde de généraliser. The title poetically calls our attention to the fact that reality is interpreted and filtered by the artist. A brief aside on Berzosas first short and premonitory film, Le Musée de la police, which he visits with Michel Simon. At one point Berzosa asks to have Michel Simon handcuffed. Good-humoured staging, but difficult to believe if you know what occurred subsequently: they had to call in a locksmith to open the handcuffs and release Simon.
It would be impossible to conclude our journey through the artists work without setting time aside for the core of Berzosas inspiration, for his favourite themes, his myths, and his cultural moorings. Once that was done, all I had to do was chose from his extensive filmography. I have chosen to give surrealism special attention. Maldoror-Magritte is a beautiful short film and is followed by a short fiction film entitled Import-Export. Spain and the painter and friend Antonio Saura are the subjects of the following film. The work is a celebration that takes on many forms, a sensitive and blasphemous portrayal of a mythical and unrelenting Don Quichotte. The director borrows so much from fiction that one is tempted to ask, is it really a documentary? A futile question that could be asked about many of Berzosas films.
Claude Guisard
|
|
Téléchargez une version imprimable de cette page
(au format PDF)
Coordination : Claude Guisard
Invités : José-Maria Berzosa, Jacques Krier, Gaël Lépingle
Programmation élaborée en partenariat avec lIna (Institut national de laudiovisuel).
Mercredi 18 août 2004 14h30 - Salle 1 Les Pompiers de Santiago (Collection « Chili impressions ») de José-Maria Berzosa (75') Pinochet et ses trois généraux de José-Maria Berzosa (100') Les Bienheureux (épître III) (Collection « De la sainteté ») de José-Maria Berzosa (62') 237' de projection. Débat à l’issue de la séance
Mercredi 18 août 2004 21h00 - Salle 1 Le Musée de la police (Collection « Le Nouveau dimanche ») de José-Maria Berzosa (20') Joseph et Marie les mots et les gestes (Collection « La Vie à vif » de Marianne Gosset) de José-Maria Berzosa (75') Des choses vues et entendues ou rêvées en Bretagne à partir desquelles Dieu nous garde de généraliser (Collection « Frances ») de José-Maria Berzosa (61') 156' de projection. Débat à l’issue de la séance
Jeudi 19 août 2004 14h30 - Salle 2 Maldoror Magritte (Collection « Zig zag » de Teri Wehn Damisch) de José-Maria Berzosa (20') Import Export (Collection « Contes moderne ») de José-Maria Berzosa (12') Antonio Saura (Quelques rêveries d’un promeneur solitaire) de José-Maria Berzosa (58') Mourir sage vivre fou (Collection « Espagne ») de José-Maria Berzosa (83') 173' de projection. Débat à l’issue de la séance
Tous les films d'un coup d'oeil
|