Café ciné
Jeudi 19 août à 19h00 – Blue Bar

Il y a deux ans, à Lussas, nous étions trois amis à prendre le pari que les spectateurs étaient tous traversés de conversations mystérieuses et étranges qu’entretiennent les films entre eux.

Et que ces conversations pouvaient se dire, se raconter. Comme on raconte un rêve (vous savez, « étrange et pénétrant »). Comme on raconte une histoire, dans une confiance a priori envers l’auditeur. Nous savions que le musée intérieur de tout cinéphile est mouvant, instable, presque fragile. Qu’il est pourtant animé de convictions, d’évidences. Traversé d’éclairs, bousculés de colères. Habités d’émotions inoubliables, c’est-à-dire poignantes, définitives, incurables.

D’une soirée dans un « Blue Bar » curieusement meublé de téléviseurs, nous avons compris qu’il
était possible de parler cinéma sans être ni maître ni élève. Dans l’hésitation, le risque, la timidité. Dans la passion, l’improvisation. Dans la découverte que l’on peut faire parce qu’on est plusieurs à chercher, à entrevoir. Dans la richesse de l’intuition parce qu’on regarde à plusieurs. Dans le plaisir d’une parole d’autant plus sûre d’elle qu’elle répond à une autre.

Cela repose sur quelque chose de simple : venir avec son musée, le montrer, le faire visiter.
Puis, demander aux autres (pour mieux se demander) ce qu’il a d’étrange et de commun.
Lui demander à plusieurs de « quoi » il parle, et comment.

« Ce plan ». « Ce travelling-là ». Le personnage quand il dit – quand il fait – la coupe, le son, le moment, la séquence qui remplace toutes les autres. Le regard qui n’est que pour moi.
La figure cinématographique préférée, ses terribles aventures : du zoom bouleversant au gros plan obscène. L’instant de la grâce documentaire, récompense de l’obstination. La tournure du style qui résiste à la rhétorique.

Cette année, nous nous demandons ce qui fait peur. Avoir peur au cinéma n’est pas qu’affaire de monstres, de bande son inquiétante ni de flots de sang. C’est aussi, et surtout, affaire de distance. De près et de loin, de vu et d’entrevu dans le plan, d’à peine entendu et de mal perçu (distance sonore), de face et de dos. Sursauter à l’idée que quelque chose pourrait être vu nous a paru, ces temps-ci, une question de documentaire que quelques extraits de films qui nous (vous) hantent pourraient éclairer.

Séance animée par Jean Breschand et Marie-Pierre Duhamel-Müller

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