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Audrius Stonys - Serguei Loznitsa (grille programme)
Du photographique
Les films du Lituanien Audrius Stonys et du Russe Sergei Loznitsa nous rappellent combien le cinéma reste inextricablement lié à la photographie. Arrêt sur image, banc-titrage, composition du cadre, fragmentation, angle de prise de vue, découpe, etc., le « photographique » ne cesse en effet de travailler les images mouvements selon des modes de représentation et des registres esthétiques différents.
Présentés pour la première fois à Lussas, les courts métrages dAudrius Stonys se situent au bord des images arrêtées. Gros plans, délicatesse du noir et blanc, extrême fragmentation, jeux chromatiques, prises de vues inédites et rapports déchelles géométrisant lespace, ses films sont autant redevables de la photographie plasticienne que de la photographie documentaire ou aérienne. Quil sagisse, par exemple, denregistrer la solitude dun enfant (Alone), dimprimer sur la pellicule létrange métamorphose des corps en bêtes aquatiques (Harbour) ou encore de suivre les mystérieux envols et atterrissages dun homme-oiseau (Flying over the Blue Sky), Stonys, par ses choix formels et narratifs (pas de récits spécifiques auxquels se raccrocher), se démarque de tout documentaire social. Flottantes, parfois indéterminées, brouillant repères visuels et perspectives, ses images, notamment celles des visages et des corps modelés par la lumière, soffrent au regard comme des « surfaces poétiques » portées par lintensité lyrique du chant de Purcell ou la musique de Händel.
Programmé lors de lédition 2001 on se souvient en particulier de The Halt, belle exploration léthargique des corps hantée par le souffle de dormeurs et des bruits dinsectes , Serguei Loznitsa revient avec une série de portraits en noir et blanc. Le « style documentaire » de ces images de paysans posant dans leur environnement naturel nest pas sans évoquer les typologies des portraits de lAllemand August Sander dans lentre-deux-guerres, ou encore les photographies de Dorothéa Lange réalisées dans le cadre de la commande de la Farm Security Administration pour documenter lAmérique rurale de la Grande Dépression.
Frontalité de la prise de vue, noir et blanc élaboré, netteté, nuances des gradations, sens des durées, distanciation, série : ces « portraits » privés de parole (mais pas de sons) renvoient, par le rythme du montage des séquences, au mur de la galerie ou au silence de la mise en page du livre dexposition. Entrecoupé décrans noirs, de plans deaux charbonneux et de terres enténébrées sur un mode expressionniste, le film dévoile, au-delà des personnages fixés sans pathos par lenregistrement mécanique, un territoire ruiné où se devine la rudesse des conditions dexistence. Ici, comme chez Audrius Stonys, peu ou pas de paroles, mais un champ sonore riche en bribes de voix et rumeurs diverses dans lequel simmisce et vibre le cinéma.
Éric Vidal
Audrius Stonys - Serguei Loznitsa
On the Photographic
The films by the Lithuanian Audrius Stonys and the Russian Sergei Loznitsa remind us how inextricably cinema remains tied to photography. Freeze frame, title bench, framing, fragmentation, shot angle, depth perspectives etc., the photographic continuously works on moving images through different means of representation and various esthetic registers.
Shown for the first time at Lussas, Audrius Stonys' short films are positioned at the edge of freeze frames. Close ups, the delicacy of black and white, extreme fragmentation, chromatic variations, highly individual shooting styles and different scales of view geometrically transform space. These films owe as much to the photography of fine arts as to aerial or documentary photography. Whether it's a matter of recording a child's solitude (Alone), imprinting on film the strange metamorphoses of the bodies of aquatic beasts (Harbour) or even of following the mysterious launchings and landings of a man-bird (Flying over the Blue Sky), Stonys through his esthetic and narrative choices (no specific story to hang on to) distinguishes his work from that of any social documentary. Floating, sometimes undefined, his images displace visual markers to create poetic and sensual spaces sublimated via the songs of Purcell or the music of Handel.
After the particularly memorable The Halt, a beautifully lethargic exploration of bodies haunted by the breathing of sleepers and insect noises, shown during the 2001 programme, Serguei Loznitsa returns with a series of black and white portraits. The documentary style of these images of farmers posing in their natural environment evokes the portraits taken by the German, August Sander, between the wars or the photographs by Dorothy Lange commissioned by the Farm Security Administration to document rural America during the Great Depression. A series marked by frontal shooting, elaborate black and white, sharp focus, nuance and gradation, a sense of length: these portraits deprived of words (but not sounds) evoke, through the editing rhythm of their sequences, the wall of a gallery or the silence of the lay out of an exhibition catalogue. Interspliced with black screens, shots of coal black water and shadow laden lands in an expressionist style, the film reveals, beyond the characters who are filmed without pathos by the mechanical process of recording, a ruined territory where the harshness of living conditions can be guessed. Here, as with Audrius Stonys, few or no words, but a rich soundtrack full of snatches of voice and various sounds within which we feel the presence and vibration of cinema.
Éric Vidal
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Jeudi 21 août 2003 10h00 - Salle 3 Harbour (Uostas) de Audrius Stonys (10') Alone (Viena) de Audrius Stonys (16')
Antigravitation de Audrius Stonys Portrait de Sergey Loznitza (28') 54' de projection.
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