Journée Sacem  (grille programme)

Musique à Lussas 2002

La traditionnelle journée Sacem aux États généraux comporte cette année encore des œuvres de référence, qui n'ont pas été vues depuis longtemps, au moins dans un festival généraliste, et des œuvres récentes, pour partie inédites.

Le documentaire sur la musique est aujourd'hui un objet rare, concurrencé, de plus en plus, par les captations de concerts et de représentations d'opéras, pour lesquelles existe, avec les DVD, un marché solvable.
En revanche, le documentaire musical reste mal affiché, et souvent tardivement, sur l'hertzien ; il est par ailleurs difficilement exportable d'un pays à l'autre. En effet, les discours sur la musique, art pourtant par définition sans frontières, restent encore trop souvent confinés aux références et aux savoirs d'origine locale. Enfin, lorsqu'ils tentent de rendre compte des musiques en train de se créer, exigeantes, peu familières, les documentaristes ne peuvent pas facilement s'inscrire dans les contraintes de formatage habituellement formulées par les diffuseurs.
Dans ce contexte un peu gris, les documentaires sur la musique paraissent tout juste un peu mieux lotis que les films sur la littérature ou sur les arts plastiques, par exemple.
Pourtant, toutes ces prémices pleines de précaution ne doivent pas occulter un paysage riche et complexe, notamment en France : chaque année apporte son lot d'œuvres importantes, produites souvent dans un contexte de grande difficulté et de fragilité. Cette vitalité est due à l'engagement de quelques producteurs qui développent, dans la durée, des catalogues avec un souci de cohérence et d'approfondissement. Elle le doit aussi aux institutions publiques et professionnelles qui accompagnent et valorisent cette production à la fois nécessaire et minoritaire : citons le Fonds pour l'Audiovisuel Musical, la Sacem, l'Ina, Documentaire sur Grand Écran. Elle est redevable enfin aux festivals qui comme le FIPA ou Classiques en Image, ouvrent avec libéralité, à l'instar de Lussas, leurs projections à ce genre particulier.
Cette année, le programme proposé aux États généraux s'ouvrira avec un hommage rendu, en sa présence, au réalisateur et producteur belge Thierry Knauff.
Au cœur d'une œuvre dense et très concentrée : deux films, Anton Webern et Baka, deux joyaux fort différents et qui ont accumulé, en se gardant pourtant de tout académisme, les récompenses dans les festivals, deux grandes références du film sur la musique, restées jusqu'à aujourd'hui sans réelle postérité. Entre fiction et documentaire, entre réalité et imaginaire, un entre-deux comme le postule la thématique de Lussas cette année.

Autre entre-deux, avec la séance de l'après-midi qui montrera trois premiers films documentaires, tous trois très récents et réalisés par des compositeurs.
Certes, l'apparition de la DV et des techniques légères de tournage explique ce phénomène, mais pas seulement.
Nicolas Frize, Philippe Fénelon, Bernard Cavanna, tous trois créateurs importants de la scène musicale actuelle, ont ressenti l'envie, la nécessité de passer un jour derrière la caméra. Pour autant, les motivations de chacun sont très différentes.
Nicolas Frize, qui aime mettre en espace, en lumière et en perspective ses concerts dans leur dimension d'événements publics, n'était pas satisfait de la manière dont ils étaient captés : il a donc fait quelques tentatives et puis, se prenant au jeu, a produit et réalisé Au temps, compte rendu d'une expérience musicale hors normes réalisée dans la centrale pénitentiaire de Saint-Maur (Indre), avec des détenus.
Depuis sa jeunesse, Philippe Fénelon accompagne son activité de compositeur par l'écriture quotidienne d'un journal personnel. Son projet audiovisuel est le prolongement naturel de cette activité de diariste. Attentif au dialogue avec les partenaires de sa création – librettistes, plasticiens, décorateurs, écrivains, qui sont aussi ses amis –, Philippe Fénelon inaugure une série de Portraits, comme un prolongement, un commentaire, un approfondissement de ses Carnets. Nous verrons un premier dialogue à l'image avec le peintre Anne-Marie Pécheur, auteur des décors de son plus récent ballet, donné à l'Opéra Garnier.
Bernard Cavanna voulait témoigner de son admiration et son affection pour le compositeur d'origine roumaine, Aurèle Stroë, pour sa musique, mais aussi pour son parcours de dignité et de courage dans la Roumanie stalinienne et tristement bouffonne de Ceaucescu. Il en fait un film (co-signé avec Laurence Pietrzak) qui a trouvé, par la complicité amicale de Serge Lalou, les moyens de son achèvement.

Enfin, la soirée est consacrée, comme le veut la tradition, à la projection de notre Prix annuel du documentaire musical.
Cette année encore, le prix est attribué à Judit Kele pour son dernier film, La Symphonie de la 8e Star, consacré au grand compositeur et humaniste Charles Kœchlin, ami de Ravel, professeur de Poulenc et Milhaud, proche du Front populaire, et créateur dont l'œuvre, notamment symphonique, est redécouverte aujourd'hui.
Judit Kele a déjà été fêtée à Lussas à plusieurs reprises : sa trilogie consacrée aux compositeurs hongrois contemporains, Ligeti, Kurtag et Eötvös, a reçu successivement le Prix de la Sacem.
Sera également projeté à cette séance un coup de cœur du jury de la Sacem, Un rêve de cirque, beau film que Charles Picq a dédié cette année au "nouveau cirque".

Olivier Bernard
Action culturelle de la Sacem

 Music at Lussas 2002

The traditional day of screenings organized by the Sacem, the French Composers' and Musicians' Society, offers once again works of reference which have not been seen for some time, at least not in a non-specialized festival, and more recent films, some of which are being screened for the first time.

The musical documentary has become a rare object in the present age, facing stiff competition from filmed concerts and operas for which a commercial market on DVD exists.
Musical documentary is often ill programmed at late hours by broadcasters. It does not export easily from one country to another. It is true that music criticism, an art which is by definition borderless, is too often rooted in local references and culture. Finally, when they try to film contemporary music which is demanding and unfamiliar, filmmakers have trouble fitting into the constraints of timing and slots usually imposed by the broadcasters.
Within this rather morose context, musical documentary appears to be just a little better off than films on literature or the fine arts for example.
Nonetheless, all these cautionary warnings cannot obscure the fact that filmmakers produce rich and complex works, in particular in France. Each year brings its harvest of important films, often produced in extremely difficult and fragile conditions. This vitality is the result of the commitment of a few producers who have developed over time catalogues with an eye to coherence and depth. Public institutions also play their part, accompanying and subsidizing this crucial, minority production: for example the Audiovisual Music Fund, the Sacem (French Composers' and Musicians' Society), Ina, Documentaire sur Grand Écran. The genre is also cultivated in festivals like FIPA or Classiques en Image which, like Lussas, are particularly open to projections of the genre.

This year the programme offered at the États généraux opens with a homage in his presence to Belgian producer and director Thierry Knauff.
From a dense and concentrated filmography, we have chosen two films: Anton Webern and Baka, two very different jewels of the art which, while being extremely different in their avoidance of convention, have both piled up prizes and awards. These two major references in musical film have so far remained without a real posterity. Between fiction and documentary, between reality and the imaginary, an In-between area as the Lussas seminar of this year suggests.

Another In-between with the afternoon screening devoted to three documentary first films, recent films directed by composers.
Indeed, the appearance of DV and light cameras can partially but not fully explain this phenomenon.
Nicolas Frize, Philippe Fénelon and Bernard Cavanna are three important creators of the contemporary musical scene and each one of them has felt the need to take up a camera. But in each case the motivations are very different.
Nicolas Frize likes to organize the space, the lighting and the perspectives within which his concerts become public events, and he has never been happy with the way they have been captured on film. He made a few trials and, acquiring a taste for the practice, produced and directed Au Temps, an account of an unusual musical experiment carried out in the Penitentiary of Saint-Maur (Indre) with some of the prisoners.
Ever since he was a young man, Philippe Fénelon accompanies his activity as a composer with daily entries into a personal diary. His audiovisual project is a kind of cinematic extension of this activity. Displaying careful attention to the dialogue with his partners, librettists, scenic designers, artists and writers who are also his friends, Philippe Fénelon inaugurates a series of Portraits, conceived as an extension, a commentary, a deepening of his Diaries. We will see a first dialogue with the painter Anne-Marie Pécheur, set designer of his most recent ballet staged at the Opéra Garnier.
Bernard Cavanna wanted to demonstrate his admiration and affection for the Romanian born composer, Aurèle Stroë, for his music, but also for the dignity and courage with which he lived through the sad foolishness of Ceaucescu's version of Romanian Stalinism. He has directed a film (together with Laurence Pietrzak) which was completed thanks to the warm complicity of Serge Lalou.

Finally the evening is devoted, as it is every year, to the projection of our Annual Musical Documentary Award.
This year, once again, the prize is attributed to Judit Kele for her most recent film La Symphonie de la 8e Star, on the great composer and humanist Charles Kœchlin, friend of Ravel, teacher of Poulenc and Milhaud, close to the Popular Front and writer of music which, in particular the symphonies, is being rediscovered today.
We have had the occasion to congratulate Judit Kele on several occasions: her trilogy on contemporary Hungarian composers, Ligeti, Kurtag and Eötvös, has successively won the Sacem prize.
Will also be projected at this screening an opus which delighted the Sacem jury, Un rêve de cirque, a beautiful film made this year by Charles Picq on "the new circus".

Olivier Bernard
Action culturelle de la Sacem

    Coordination :
Olivier Bernard
Invités :
- Bernard Cavanna,
- Philippe Fénelon,
- Nicolas Frize,
- Judit Kele,
- Thierry Knauff,
- Serge Lalou

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Vendredi 23 août 2002
10h00 - Salle 1

Anton Webern
de Thierry Knauff (26')
Baka
de Thierry Knauff (55')
81' de projection.
Débat à l'issue de la séance.

Vendredi 23 août 2002
14h30 - Salle 1

Au temps
de Nicolas Frize (52')
Carnets I – Anne-Marie Pécheur
(Série : Portraits)

de Philippe Fénelon (26')
Aurèle Stroë
(Entretiens avec Bernard Cavanna)

de Bernard Cavanna, Laurence Pietrzak (55')
133' de projection.
Débat à l'issue de la séance.

Vendredi 23 août 2002
21h00 - Salle 1

Un rêve de cirque
de Charles Picq (72')
La Symphonie de la 8e Star
(Charles Koechlin)

de Judit Kele (52')
124' de projection.
Remise du Prix Sacem 2002 à l'issue de la séance.


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