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Édito
À lheure où une partie de la classe politique semble redécouvrir soudain la nécessité de penser la télévision de service public comme conséquence du très inquiétant résultat des dernières élections avec un manque certain de discernement et danalyse , on trouve aussi, ici et là, des commentaires satisfaits sur la santé du cinéma français (documentaire compris), dont on sait bien quils ne sattachent essentiellement quaux quantités produites, confondant visibilité et lisibilité.
Souvenons-nous avec ironie de lépoque où le terme télévision, quand elle nétait encore quune prouesse technique, signifiait porter au loin la vision et pouvait même se penser comme porter au loin le regard. Aujourdhui, la télé-réalité, elle, emploie à bon escient son préfixe, en transportant une réalité de surveillance et de contrôle dun espace denfermement (le studio) à un autre (lantre du téléspectateur).
Alors ?
Interroger régulièrement le genre documentaire pour réaffirmer, si cela était nécessaire, que la question des genres, bien évidemment, nest pas la bonne : cest bien le cinéma en premier lieu qui nous mobilise et que nous aimerions convoquer ; tout en explorant la limite de ce qui aurait "valeur documentaire".
De quoi le documentaire est-il encore capable ? Une implication lucide du cinéaste, une intention permettant la déambulation, une disponibilité insoumise au réel, une altérité revendiquée, tout ce qui crée chez le spectateur du doute, de la résistance, de la connaissance
On aimerait alors considérer lexpérience, celle du cinéaste, du personnage et du spectateur, comme ce qui serait la prétention du cinéma.
Voilà les perspectives ambitieuses de la semaine.
Cette année, la réflexion théorique se construit chaque fois à deux voix, à deux regards, pour cette exploration des limites.
Entre-deux instaure le dialogue autour duvres qui détourent de nouvelles formes dexposition des corps, cinéaste et personnages, pour penser différemment aussi la place du spectateur. Peut-être ces films parviennent-ils à modeler une empreinte, un nouveau masque du réel qui nous rend parfois les faits si étranges ou si familiers.
Composer linsaisissable et transformer la perception du monde est autant la réflexion du cinéma expérimental. Là aussi, corps exposés, images déformées, représentations transgressées nous rappellent la puissance du cinéma dans sa capacité à dévoiler et à "documenter".
Ou comment encore, une poétique documentaire invente des écritures qui redéploient lespace et le temps dans des limites étendues qui font résonner et se superposer réel et histoire, où la poétique devient vecteur de connaissance.
Autour de cette colonne vertébrale, ces problématiques se déclinent dans dautres territoires. Entre captation et mise en scène, mise en jeu et mise en doute, les réalisateurs invités sont là pour confronter leur geste décriture, ce récit qui habille ou dénude le film pour ou contre le spectateur.
Espaces imaginés de Guerín, corps empêchés de Heise, conviction et doute chez Sato, héritier dOgawa dont La Route du doc nous rapporte aussi les films du Festival de Yamagata, le corps en politique avec le dernier volet de la chronique marseillaise de Comolli et Samson
Et ceci, sans restreindre bien au contraire, la large place faite aux films français, belges et suisses qui investissent eux aussi, par la diversité de leur démarche et de leurs moyens, la plupart des réflexions que nous partageons sur le cinéma documentaire.
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