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Pasolini aime la réalité (grille programme) Du reste, l'amour pour la vérité finit partout détruire, parce qu'il n'y a rien de vrai. La vérité, il ne faut pas la nommer, parce qu'à peine tu la nommes et y en a plus. Dans une fameuse "auto-recension" critique, Pasolini parle de lui à la troisième personne et écrit, magnifiquement (c'est à Walter Siti que l'on doit d'avoir cité la formule, pour la première fois, à nu) : Pasolini aime la réalité, mais il n'aime pas la vérité. Amour pour la réalité, donc (que Pasolini qualifia même, à l'occasion, de fétichiste). Voilà pourquoi, pour connaître Pasolini, il faut non seulement connaître son uvre cinématographique de fiction, la plus visible (séance de révisions avec Accattone, documentaire de visages comme aurait dit Bazin), mais aussi revoir l'intégrale de ses essais documentés, constituée de ses films-essais, de ses films de voyage et de repérages, de son film de montage d'actualités, de son film pro-gauchiste, de ses films sur un film à faire (ces "films à venir"), tous ceux qu'il a lui-même, à plusieurs reprises, appelés ses Appunti, ses notes ou carnets de notes, terme qu'il ne faut pas entendre négativement comme synonyme de brouillons ou de films de fond de tiroir, mais, au contraire, comme indiquant un caractère supérieur, super-poétique et super-réaliste de non finito. Avec eux, on comprend physiquement autant qu'intellectuellement, pourquoi dans son "auto-recension" déjà évoquée, Pasolini se définit comme un anti-dipe par son "refus de connaître, de chercher, de vouloir la vérité". En témoigne au premier degré Comizi d'amore, imité du contemporain "cinéma vérité" de Jean Rouch et Edgar Morin, et pourtant document imparable sur les divers modes du mensonge sexuel chez les Italiens. Ainsi, l'amour de la réalité consiste-t-il, pour Pasolini, à suspendre autrement dit à retourner en son contraire ce moment de la quête anxieuse d'dipe, ce moment où, aveuglé par le besoin de vérité sur lui-même, il interroge les vieux serviteurs, les derniers témoins de son passé interdit. L'amour de la réalité à savoir la clé de ses documentaires et, peut-être, de son apport théorique au documentaire : la clé non la vérité, la manière non la méthode, le moyen non la fin, en cela la clé poético-philosophique consiste en somme, pour Pasolini, à retarder, à faire durer toujours, jusqu'à ses "fins suspendues", la crainte et le tremblement d'apprendre la vérité. Les Appunti constituent un vaste projet géo-politique, géo-poétique pourrait-on dire, comme en témoignent plus particulièrement les trois grands voyages filmés : en Palestine, en Inde et en Afrique. L'histoire, c'était le paradoxe temporel des grands scénarios de fiction, en premier lieu le Saint Paul, où le lointain du passé laisse sa trace dans le présent "documentaire" à venir : saint Paul se fait assassiner dans l'hôtel de Martin Luther King, l'Empire romain devient les USA, les juifs sont les Parisiens de 1968 ou les Romains de 1974, Antioche, Londres ou Genève, Césarée, Vichy ou Viterbe, etc. Mais quoiqu'objectivement géographiques, puisqu'ils impliquent un déplacement réel dans l'espace, les Appunti travaillent aussi à ce dépaysement politique radical si l'on songe au plus ambitieux des projets resté sur le papier, un projet international qui s'intitulait Notes pour un poème sur le Tiers Monde. Politique et affabulation se mêlent dans le non moinsimposant projet théâtral pasolinien, qui resta, comme le dit bien le document de Miklos Jancso, un pur Laboratoire (en cela aussi proche des Appunti que du grand roman inachevé Pétrole). On tentera, en une matinée, d'aborder par des images-témoins, à l'aide d'extraits de différentes mises en scène, jusqu'aux plus récentes, l'un des continents majeurs de la postérité pasolinienne. Enfin, un aspect totalement inédit de la rétrospective permettra de découvrir les toutes premières relations de Pasolini au cinéma documentaire, datant de son premier métier de scénariste : il écrivit les commentaires parlés de deux courts métrages d'Ermanno Olmi, trois de Cecilia Mangini, entre 1956 et 1962. Hervé Joubert-Laurencin
You mustn't name the truth because as soon as you've named it, there is no more. In a famous critical "self-recension", Pasolini speaks of himself in the third person and writes, magnificently (to Walter Siti to whom we are indebted for having quoted the phrase for the first time) : Love for reality, then (which Pasolini had the occasion of qualifying as fetishist). That is why, in order to understand Pasolini, it is not only necessary to know his fiction film work, the most visible (rescreening of Accattone, a documentary of faces as Bazin said) but also to see the entirety of his documented essays made up of film-essays, travel and scouting films, his newsclip film, pro-leftist film and his films on a film to be made (his "future films"), all those which he himself called several times his Appunti, notes or notebooks, a term which should not be understood negatively as a With them, we understand physically as well as intellectually the reasons for his aforementioned "auto-recension". Pasolini defines himself as an anti-dipus because of his "refusal to know, to look for, to want the truth". Immediate evidence can be found in Comizi d'amore, imitated from the contemporary "cinéma vérité" of Jean Rouch and Edgar Morin, and yet this document is unbeatable on the different modes of sexual lying among the Italians. Thus the love of reality consists for Pasolini in suspending in other words, turning into its contrary that moment of anxious enquiry when dipus, blinded by the need for the truth about himself, questions his old servants, the last witnesses of his forbidden past. The love of reality in truth the key to his documentaries and, perhaps, to his theoretical contribution to the documentary : the key not the truth, the manner not the method, the means not the end, in this the poetico-philosophical key finally consists for Pasolini in delaying, in stretching out forever, until his The Appunti are part of vast geopolitical, or geopoetic we could say, project, as testified particularly by the three great filmed journeys : to Palestine, India and Africa. History was the temporal paradox of the great fiction scenarios, and above all for his Saint Paul, where the distant past leaves its trace in the present "documentary" to come: saint Paul is assassinated in the Martin Luther King Hotel, the Roman Empire becomes the USA, the Jews are the Parisians of 1968 or the Romans of 1974, Antioch becomes London or Geneva, Cesarea becomes Vichy or Viterbe, etc. But however objectively geographic, because they implied real movement in space, the Appunti work also on a radical political displacement if we think of the most ambitious of his proposals left on paper, an international project intitled Notes for a poem on the Third World. Politics and fabulation are also mixed in Pasolini's no less imposing theatrical projects, which remain as Miklos Jancso's document puts it so well, a pure Laboratory (in this, as close to the Appunti as to the great unfinished novel Petrol). During one morning, we will try to confront these image-testimonies with the help of excerpts from the different productions, up to the most recent, one of the major continents of Finally, a completely unpublished aspect of our retrospective will allow participants to discover the very first relations Pasolini had with documentary cinema, dating from his first job as screenwriter. He wrote the narrations of two short films by Ermanno Olmi, and three by Cecilia Mangini between 1956 and 1962. Hervé Joubert-Laurencin |
Au programme Lundi 20 août 2001 10h00 - Salle 3 Comizi d’amore (Enquête sur la sexualité) de Pier Paolo Pasolini (92') Le Mura di Sana’a (Les Murs de Sana’a) de Pier Paolo Pasolini (16') Pasolini e… La Forma della città (Pasolini… La Forme de la cité) de Pier Paolo Pasolini, Paolo Brunatto (15') 123' de projection. Débat à l'issue de la séance Lundi 20 août 2001 14h30 - Salle 3 Manon : finestra 2 (Manon : fenêtre 2) de Ermanno Olmi (13') Grigio de Ermanno Olmi (14') Ignoti alla città (Ignorés de la ville) de Cecilia Mangini (13') Stendali de Cecilia Mangini (11') La Canta della marane (Le Chant des fossés) de Cecilia Mangini (11') All’armi, siam fascisti ! (Aux armes, nous sommes fascistes) de Lino del Fra, Lino Miccihe, Cecilia Mangini (110') 172' de projection. Débat à l'issue de la séance Lundi 20 août 2001 21h00 - Salle 3 Pasolini l’enragé de Jean-André Fieschi (65') Ninetto le messager de Jean-André Fieschi (65') 130' de projection. Débat à l'issue de la séance Mardi 21 août 2001 10h00 - Salle 3 La Rabbia (La Rage) de Pier Paolo Pasolini (50') La Sequenza del fior di carta (La Séquence de la fleur de papier) de Pier Paolo Pasolini d’après une idée de Puccio Pucci et Piero Badalassi (10') 60' de projection. Débat à l'issue de la séance Mardi 21 août 2001 14h30 - Salle 3 Sopraluoghi in Palestina per il film : Il Vangelo secondo Matteo (Repérages en Palestine pour L’Évangile selon saint Matthieu) de Pier Paolo Pasolini (52') Appunti per un film sull’India (Notes pour un film sur l’Inde) de Pier Paolo Pasolini (34') Appunti per un Orestiade africana (Carnet de notes pour une Orestie africaine) de Pier Paolo Pasolini d’après L’Orestie d’Eschyle (65') 151' de projection. Débat à l'issue de la séance Mardi 21 août 2001 21h00 - Salle 3 Les Fioretti de Pier Paolo Pasolini de Alain Bergala (52') 52' de projection. Débat à l'issue de la séance Mercredi 22 août 2001 10h00 - Salle 3 Laboratorio di Luca Ronconi (Laboratoire théâtral de Luca Ronconi) de Niklas Jancso (76') Di padre en figlio (De père en fils) de Vittorio et Alessandro Gassman (96') Débat à l'issue de la séance Mercredi 22 août 2001 14h30 - Salle 3 Dodici Dicembre (Douze Décembre) de Collectif d’après une idée de Pier Paolo Pasolini (104') Il Cinema di Pasolini – Appunti per un critofilm (Le Cinéma de Pasolini – Notes pour un critofilm) de Maurizio Ponzi (13') Pasolini, la langue du désir de Ludwig Trovato (262') Le Ceneri di Pasolini (Les Cendres de Pasolini) de Pasquale Misuraca (84') Débat à l'issue de la séance Mercredi 22 août 2001 21h00 - Salle 1 Accattone de Pier Paolo Pasolini (116') 116' de projection. Débat à l'issue de la séance Tous les films d'un coup d'oeil
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