Emmanuel Finkiel  (grille programme)

Aujourd’hui, surtout dans la perspective d’une projection dans la même journée, les trois films semblent former un tout. Ce ne peut être qu’une constatation a posteriori, car en fait, jamais les projets n’ont été envisagés dans un ensemble.

J’ai réalisé Madame Jacques sur la Croisette alors que j’étais encore assistant. J’avais envie de retrouver des sensations attachées à des personnages familiers, toujours présents dans mes souvenirs d’enfance. L’idée était d’exprimer par le cinéma ces réminiscences par le même canal que celui par lequel elles m’étaient parvenues : le canal des perceptions. Je voulais que chaque personne existe pleinement et il fallait penser à la manière d’enregistrer leur réalité sans en soustraire aucune dimension. S’approcher des gens subjectivement, au fil de leur conscience, tenter de rendre visible le temps, gommer la dramaturgie.

J’ai écrit Voyages sans aucune préméditation thématique, sans même la volonté de traiter un thème ou une "question", mais dans le désir de continuer et d’approfondir ce mouvement, de travailler sur la subjectivité et d’aller vers ce qui me semblait constituer le réel.
J’ai souvent pu lire à propos de Voyages le terme de "documentaire" ou "à la manière du documentaire". Cette caractérisation me semblait parfois indiquer une conception obtue de la définition du film de fiction. Il me semble maintenant que c’est l’un des thèmes abordés dans le film, la mémoire et l’après-Shoah qui, dans l’esprit général, a renvoyé le film à la notion de document (Madame Jacques était fait selon la même approche et un point de vue semblable sans que l’on ait parlé de documentaire).

Pour Casting, la question était simple : comment rendre compte au mieux et en une heure trente, des quatre cents heures d’enregistrement fragile de ces merveilleuses personnes, de leur formidable vitalité, de la profonde empreinte qu’elles avaient laissées sur les bandes, du monde prêt à s’engloutir qu’elles représentaient dans leur ensemble.

Après le travail sur le montage de Casting, qui entre dans la catégorie documentaire, je ne suis plus sûr que le réel se niche là où les classifications le rangent, là où le langage des catalogues place ses frontières. Des trois, c’est sans doute Casting qui s’est construit comme une fiction, qui parle du faux, de représentation et d’imitation, qui tend vers le spectacle.

Mieux vaut alors réfléchir – puisqu’il s’agit de s’interroger sur l’appréhension du réel – à ce qui, au fond, importe "vraiment" : la valeur de la prise de conscience comme démarche nécessaire à la fabrication d’un film, fiction ou documentaire, sans confondre la notion de point de vue et celle de genre.

Qu’à travers différentes approches, les trois films puissent maintenant se répondre me paraît intéressant.

Emmanuel Finkiel

 Emmanuel Finkiel

Today, because they are going to be projected on the same day, the three films seem to form a whole. This may be nothing more than an observation made after the fact, as the films were never meant to form a whole.
When I directed Madame Jacques sur la Croisette, I was still working as an assistant director. I wanted to rediscover the feelings linked to familiar characters who are still part of my childhood memories. The idea was to use film to express memories via the same conduit that I received them : perception. I wanted everyone to exist fully and I had to come up with a way of recording his or her reality without removing a single dimension of that reality. I wanted to get close to people in a subjective manner, to follow their stream of consciousness, make time visible and simply erase the dramaturgy.

I wrote Voyages without premeditation, without the least desire to treat a given theme or issue. I wrote it with the desire to continue to work on subjectivity and towards what reality appeared to be to me. I have often read articles where Voyages is referred to as a documentary or as a work filmed in documentary style. The description seems to be a crude version of the definition of a fiction film. I now believe that this is one of the themes that is addressed in the film. Generally speaking, it is the memories and the post-Shoah period that led to the film being spoken about as a documentary. Madame Jacques was filmed using the same approach and point if view and no-one mentioned the term documentary.

With Casting, the matter was much simpler, how can you best portray – and in an hour and half – the four hundred hours worth of fragile and wonderful people, their powerful vitality, the impression they left on the tape, and the world ready to swallow up all of them. After editing Casting which is classified as a documentary, I am even more certain that reality is to be found wherever any classification system has chosen to put it – wherever the language used in distribution catalogues has decided to establish its borders. Of the three films, Casting is without a doubt the work that is structured like a fiction film. It portrays the fake, representations, imitations, and leans towards the spectacular.

The best thing to do now is think, as we have to ponder on how reality is apprehended. In the end, what is truly important is the level of awareness required to make the film, be it a work of fiction or a documentary, without mistaking the notions of point of view and genre.

Perhaps through these different approaches, the three films may illuminate one another, this intrigues me.

Emmanuel Finkiel

    Au programme

Samedi 25 août 2001
10h00 - Salle 3

Madame Jacques sur la Croisette
de Emmanuel Finkiel (38')
Casting
de Emmanuel Finkiel (90')
128' de projection.
Débat en présence du réalisateur

Samedi 25 août 2001
14h30 - Salle 3

Voyages
de Emmanuel Finkiel (115')
115' de projection.
Débat en présence du réalisateur


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