Comment peut-on filmer l'éphémère ?  (grille programme)

Cette question agite depuis de longues années les gens du théâtre et les cinéastes. Même si les traces audiovisuelles d'un spectacle contribuent à sa mémoire, elles ne garantissent pas pour autant qu'en soit conservé le sens.

La question est bien celle de la fidélité qui n'est pas inhérente à l'acte de « rendre compte ».

Dans le domaine du documentaire, l'apport du cinéma est moins discutable et peut emprunter des voies diverses pour faciliter l'accès aux œuvres et ouvrir à leur sensibilité. Il faut, bien sûr, le regard d'un auteur, que ce soit pour enrichir des formes génériques comme le portrait, ou pour développer des approches plus originales.
Le travail sur la durée en est une, qui permet d'appréhender tout ce qui est en jeu lorsque s'élabore un spectacle.
Les répétitions de Savannah Bay, filmées par Michelle Porte, sont un événement exceptionnel, multi-dimensionnel, puisqu'elles permettent de voir un auteur, également metteur en scène, au travail, ce qui n'est pas si fréquent, dirigeant des comédiennes mythiques telles Madeleine Renaud et Bulle Ogier, ses amies ; triple portrait singulier où se mêlent le professionnel et l'intime.
C'est encore le moment des répétitions où Jacques Lassalle façonne avec Andrzej Seweryn le personnage de Dom Juan, qui a fourni à Jeanne Labrune le cœur de son propos dans Théâtre : Présent/Passé de Bernard Dort, premier film d'une collection malheureusement sans lendemain qui avait pour ambition de raconter, sans didactisme, l'histoire du théâtre, en confrontant les mises en scène les plus marquantes des grandes œuvres du répertoire.

Une autre question est de rendre compte d'un spectacle achevé. On s'accorde volontiers à considérer que la captation n'est pas satisfaisante, ne s'attachant qu'aux apparences et cantonnant l'audiovisuel dans sa fonction réductrice de diffuseur.
Une réponse acceptable ne peut donc résulter que d'une collaboration réelle, reconnaissant les spécificités de chaque mode d'expression en les faisant converger dans la création d'une œuvre totalement originale, résolument cinématographique mais dépositrice de l'esprit de la mise en scène théâtrale.
Genre à part entière, les « films de théâtre » apportent chacun leur propre réponse, dans la manière de filmer adaptée à l'objet travaillé et à la personnalité de l'auteur, comme Jacques Doillon avec la complicité de Nathalie Sarraute dans Pour un oui ou pour un non, ou des auteurs lorsqu'un couple metteur en scène - cinéaste s'est constitué.
En l'occurrence, l'addition des talents de Benoît Jacquot et Brigitte Jaques, de Hugo Santiago et Antoine Vitez, leur confrontation volontaire, ont permis la réussite d'œuvres aussi exigeantes qu'Elvire Jouvet 40 et Electre.

Claude Guisard

    Au programme

Lundi 21 août 2000
10h00 - Salle 1

Savannah Bay, c’est toi
de Michelle Porte (66')
Dom Juan de Molière
(Série Théâtre : Présent/Passé)

de Jeanne Labrune (58')
124' de projection.
Débat à l’issue de la séance.

Lundi 21 août 2000
14h30 - Salle 1

Elvire Jouvet 40
de Benoît Jacquot (65')
Electre
de Hugo Santiago (105')
Pour un oui ou pour un non
de Jacques Doillon (58')
228' de projection.
Débat à l’issue de la séance.


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Coordinateur :
Claude Guisard

Intervenants :
Jeanne Labrune,
Hugo Santiago
(réalisateurs)

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