Srebrenica : au vu et au su du monde  (grille programme)

Scène classique de polar sur la maffia : les parrains viennent verser fleurs, pleurs et couronnes sur les tombes des « malheureuses » victimes dont ils ont ordonné ou laissé faire l'exécution.
Cinq ans après le massacre de Srebrenica perpétré par des militaires serbes contre la population musulmane, il ne s'agit plus de s'indigner ni simplement de commémorer, mais de s'interroger avec gravité. Srebrenica interpelle doublement la conscience européenne : non seulement un massacre – tel que l'Europe croyait n'en plus voir après l'horreur nazie – a eu lieu, mais il s'est déroulé au vu et au su de tout le monde.
Cette sévère réalité prouve non seulement qu'« Ils » ont osé, mais que « Nous » avons laissé faire, et même manqué à la protection promise. Voilà qui renvoie à leur idiotie satisfaite tous les mass-médiateurs qui ont proclamé qu'« avec la télévision, Auschwitz serait impossible ». Voilà surtout qui nous questionne sur les rapports entre voir et savoir (information et conscience), et entre voir et agir (espace public et action politique, y compris guerrière) : montrer peut dénoncer mais pas empêcher, jamais une image n'épuisera le réel. Il y a un monde entre voir et agir, un monde où se jouent les changements sociaux, l'action politique, la guerre. Ce qui est déterminant en dernière instance, ce n'est pas « l'évidence » mais son interprétation, pas le fait mais ce qu'on en peut faire, pas le visible mais « en vue de quoi ? ».
Puissant indicateur, l'information (même audiovisuelle « en direct ») ne suffit pas à l'action, et elle ne saurait en tenir lieu. Elle ne saurait non plus économiser la réflexion. Cultiver l'illusion « démocratique » de la transparence, de la vérité à ciel ouvert et instantanée, est dangereux. Comme est dangereux de croire que l'état des choses (et l'ordre du monde) est ce qu'il est, excluant toute capacité commune d'agir et de le modifier.
Question plus modeste, mais plus proche de notre lieu de réflexion : jusqu'à quel point l'info TV entretient-elle (spectaculairement) la passivité et l'indifférence (pratique) à laquelle elle prétend remédier ? Comment un film agit-il sur son auditoire ? En quoi porte-t-il à croire et à agir (ou pas) ?
Ces questions, quatre films sur Srebrenica vont les soulever et nous aider à mieux les poser.

François Niney

    Au programme

Lundi 21 août 2000
10h00 - Salle 2

Srebrenica, une chute sur ordonnance
(Srebrenica, a fall by ordinance)

de Yves Billy (52')
52' de projection.
Débat à l’issue de la projection.

Lundi 21 août 2000
14h30 - Salle 2

Au nom de l’humanité
(The Hague Tribunal)

de Edina Ajrulovski (90')
A cry from the grave
(Un cri d’outre-tombe)

de Leslie Woodhead (104')
194' de projection.
Débats à l’issue de chaque projection.

Mardi 22 août 2000
11h30 - Salle 2

Warriors
(Première partie)

de Peter Kosminsky (85')
85' de projection.

Mardi 22 août 2000
14h30 - Salle 2

Warriors
(Deuxième partie)

de Peter Kosminsky (85')
85' de projection.
Communication de François Niney et Annette Wieviorka suivie d’un débat.


Tous les films d'un coup d'oeil


Coordinateur :
Xavier Carniaux

Intervenants :
François Niney
(réalisateur, théoricien),
Annette Wieviorka
(historienne)

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